http://pancake.uchicago.edu/~carroll/notes/ : J. Fric endosse toute responsabilité pour les erreurs que sa traduction (qui n’a pas été vérifiée par l’auteur) aurait pu ajouter. En cas de doute, veuillez vous rapporter à la version originale.
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5. Compléments géométriques Introduction Rétro projection d’une fonction Relations entre les composantes d’un vecteur avant et après projection Matrice de projection Projection et changement de coordonnées Rétro projection de formes monolinéaires Matrice de rétro projection Objets concernés par les (rétro)projections La rétro projection vue comme une combinaison d’applications Rétro projection de formes multilinéaires Projection d’un tenseur contravariant de rang quelconque Matrice de rétro projection de formes multilinéaires Matrice de projection de tenseurs contravariants de rang quelconque Exemple d’application Difféomorphismes et changement de coordonnées Le difféomorphisme pour comparer les tenseurs en deux points différents Une nouvelle dérivée se prépare Champs de vecteurs tangents aux courbes de familles de difféomorphisme La dérivée de Lie d’un champ de tenseurs quelconque est covariante Dérivée de Lie de la métrique Application à la relativité générale Conservation de l’énergie impulsion comme conséquence de l’invariance par difféomorphisme Équation de Killing Lois de conservation associées aux vecteurs de Killing |
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Ayant compris comment les lois de la physique peuvent être
adaptées à un espace courbe, il est indéniablement
tentant de nous intéresser aux applications. Cependant,
quelques compléments géométriques nous sont
indispensables pour nous permettre d’aller plus avant. Dans le
chapitre 2, nous avons introduit les applications entre variétés
avec leurs lois de composition. Nous nous intéressons
maintenant à l’utilisation de ces applications pour
transporter un champ de tenseurs d’une variété à
une autre. Considérons deux variétés M et
N, éventuellement de dimensions différentes
munies respectivement de systèmes de coordonnées xm
et y
.
Supposons une application
F: M
N
et une fonction f : N
![]()
.
Nous pouvons composer de façon évidente
F avec f pour définir
une application (fo F) :
M
![]()
,
qui est simplement une fonction sur M. Une telle construction
est très utilisée et un nom lui a été
attribué: Nous définissons la rétro
projection de f par F,
notée F*f,
par :
Le nom est explicite, car l’opérateur F* transpose en amont la fonction f de N à M.
Nous pouvons rétro projeter des fonctions, mais nous ne
pouvons pas les projeter. Si nous avons une fonction g :
M
![]()
,
il n’y a pas de moyen de composer g avec
F pour créer une fonction sur N,
les flèches ne correspondent pas.
Mais rappelons-nous qu’un vecteur peut être considéré comme un opérateur de dérivation qui s’applique sur des fonctions régulières (continues et infiniment dérivables) et produit des nombres réels. Ceci nous permet de définir la projection d’un vecteur, si V(p) est un vecteur en un point p sur M, nous définissons le vecteur projeté F*V au point F (p) sur N en définissant son action sur les fonctions de N :
Donc projeter un champ de vecteurs, c’est faire agir F* V sur une fonction quelconque, c’est donc l’action de V sur la rétro projection de la fonction.
C'est un peu abstrait, et
nous allons essayer de concrétiser la description. Nous savons
qu’une base de vecteurs sur M est donnée par
l’ensemble des dérivées partielles ¶m=
¶/¶xm,
et une base sur N est donnée par l’ensemble des
dérivées partielles ¶a=
¶/¶ya.
Donc nous voulons mettre en relation les composantes de V =
Vm¶m
avec ceux de (F*V)
= (F*V)
.
¶a
Nous pouvons trouver la relation recherchée en appliquant le
vecteur projeté à une fonction de test et en utilisant
la règle de chaînage (2.3) :
Cette formule simple nous incite à représenter
l’opération de projection F*
par un opérateur matriciel, (F*V)
= (F*)
m
Vm,
la matrice étant définie par :
La transformation d’un vecteur par projection, ressemble à
s’y méprendre à un changement de coordonnées.
C’est en fait une généralisation, et quand M
et N sont en fait la même variété c’est
identique, mais ne nous y trompons pas, en général
m et
ont des valeurs permises différentes et il n’y a aucune
raison pour que la matrice
y
/
xm
soit inversible. C’est un exercice instructif de vérifier
qu’alors que nous pouvons projeter des vecteurs de M
vers N (par une application
F: M
N),
nous ne pouvons pas en général les rétroprojeter,
essayez d’imaginer un procédé pour cela, alors la
vanité de l’entreprise vous apparaîtra dans sa
plénitude.
Comme les formes monolinéaires sont les duaux des vecteurs,
cela ne vous surprendra pas d’apprendre que les formes
monolinéaires peuvent être rétro projetées
mais en général pas projetées. Pour le montrer,
rappelons-nous que les formes monolinéaires sont des
applications de vecteurs vers des nombres réels. La rétro
projection
F*w
d’une forme monolinéaire
sur N peut être définie par son action sur un
vecteur V sur M, en l’égalant avec
l’action de
lui-même sur la projection de V :
Rappelons que c’est simple description matricielle de l’opérateur de rétro projection sur les formes (F*)m= (F*)mawa, que nous pouvons établir en utilisant la règle de chaînage.
Elle est donnée par :
C'est la même matrice que pour la projection (5.4), mais bien sur, c’est un index différent qui est concerné quand on l’applique pour rétro projeter les formes monolinéaires.
Il est facile de comprendre pourquoi les rétroprojections et
les projections s’appliquent sur certains objets et pas
d’autres, par l’argument suivant. Si nous appelons
(M)
l’ensemble des fonctions régulières (continues,
dérivables) sur M,
alors un vecteur V(p) en un point p
de M (élément de l’espace tangent TpM)
peut être représenté comme un opérateur
de
(M)
vers
.
Mais nous savons que l’opérateur de rétro
projection sur les fonctions applique
(N)
sur
(M)
(comme F
lui-même applique M sur N, mais dans l’autre
sens). Donc nous pouvons définir la projection F*
opérant sur les vecteurs comme résultant d’une
composition des applications, comme nous avions défini
initialement la rétro projection des fonctions.
De même, si TqN est l’espace
tangent à un point q sur N, Alors une forme
monolinéaire
en q (élément de l’espace cotangent
Tq*N) peut être représenté
par un opérateur de TqN vers
.
Comme la projection F* applique TpM sur TF (p)N, la rétro projection F* d’une forme monolinéaire peut être interprétée comme une simple composition d’applications.
Si cela ne vous aide pas, ne somatisez pas, mais gardez en mémoire ce qui existe et ce qui n’existe pas, les concepts sont simples, c’est juste la mémorisation de ce que font les applications qui prête à confusion, tant tout ceci se ressemble.
Rappelons qu’un
tenseur (0, l) avec l indices et pas
d’exposant est une forme multilinéaire appliquant l
vecteurs sur
.
Nous pouvons donc rétro projeter non seulement des formes
linéaires mais des tenseurs munis d’un nombre quelconque
d’indices. La définition est simplement l’action
du tenseur original sur les vecteurs projetés.
où Ta1 ... al est un tenseur (0, l) sur N.
De même nous pouvons projeter un tenseur de type (k, 0), Sm1 ... mk quelconque en l’appliquant sur les formes linéaires rétro projetées :
Heureusement, les matrices représentant la projection (5.4) et la rétro projection (5.6) peuvent se généraliser à des tenseurs de rang plus élevé simplement en associant une matrice à chaque index, alors pour la rétro projection d’un tenseur (0, l), nous avons :
Tandis que pour la projection d’un tenseur (k, 0) nous avons :
Le diagramme complet est alors :
Remarquons que les tenseurs mixtes ne peuvent généralement ni être projetés, ni être rétro projetés.
Ce mécanisme devient moins impressionnant, quand on le met en œuvre sur un exemple simple. Un cas biblique d’application entre deux variétés, quand l’une M est un sous ensemble de l’autre N, consiste a faire correspondre à un élément de M le même élément dans N.
Considérons une sphère S² incluse dans R3,
comme lieu des points à une distance unitaire d’un point
appelé centre. Choisissons les coordonnées xm
= (
,F)
sur M = S2 et y
= (x, y, z) sur N = R3,
l’application
F: M
N
est donnée par :
Précédemment
nous avons considéré la métrique ds2
= dx2 + dy2 + dz2
sur R3, ,
et indiqué qu’elle induit une métrique dq²
+ sin2
dF²
sur S2, en reportant simplement (5.11) dans cette
métrique Euclidienne sur R3. Nous n’avions
pas justifié cette assertion en ces temps-là, mais
maintenant nous allons le faire. (Ce serait plus naturel, si nous
travaillions en coordonnées sphériques sur R3,
mais ici, la difficulté est riche d’enseignement). La
matrice des dérivées partielles est donnée par :
La métrique sur S2 est obtenue simplement en y rétro projetant la métrique de R3
Résultat que vous
pouvez vérifier. Certes le résultat est le même
que si nous avions opéré une banale substitution, mais
nous savons pourquoi. Nous avons manifesté la plus grande
prudence quant à l’utilisation d’une application
F: M
N
pour projeter ou rétro projeter certains objets et pas
d’autres. La raison de non réversibilité vient de
ce que F
peut ne pas être inversible.
Si F est inversible et que et F et F-1 sont régulières, ce que nous supposons toujours implicitement, alors cela définit un difféomorphisme entre M et N. Dans ce cas M et N représentent une même variété abstraite. La beauté des difféomorphismes est que nous pouvons utiliser et F et F-1 pour porter des tenseurs de M vers N.
Ceci nous permet de définir les (rétro)projections de tenseurs quelconques. En particulier pour un champ de tenseurs (k, l) Tm1 ... mkn1... nl sur M, nous définirons la projection par :
où les w (i) sont les formes monolinéaires sur N et les V(i) sont les vecteurs sur N. Pour les composantes cela donne :
L’apparition de la matrice inverse
xn/
yb
est légitime car
F est inversible. Nous pourrions aussi
définir la rétro projection de manière évidente,
mais il est inutile d’écrire des équations
différentes puisque le rétro projection F*
est la même que la projection via l’application
inverse
[F-1
]*.
Nous sommes maintenant prêt pour expliquer la différence
entre les difféomorphismes et les transformations de
coordonnées. C’est en fait deux manières de
parvenir au même résultat. Les difféomorphismes
étant des “transformations de coordonnées
actives” alors que les transformations de coordonnées
classiques sont “passives”. Considérons urne
variété M de dimension n avec des
fonctions de coordonnées xm :
M
Rn.
Pour changer de coordonnées, nous pouvons soit simplement
introduire de nouvelles fonctions ym :
M
Rn (" On garde la variété fixe et on
change l’application de coordonnées"), où
nous pouvons tout aussi bien définir un difféomorphisme
F:
M
M,
dont les coordonnées seront les rétroprojections
(F*x)m :
M
Rn ("projeter les points sur la variété
et en évaluer les nouvelles coordonnées "). En ce
sens, (5.15) est réellement une transformation tensorielle,
juste représentée d’une autre manière.
Comme un difféomorphisme
nous permet de (rétro)projeter des tenseurs quelconques, il
permet de comparer d’une autre manière des tenseurs en
différents points de la variété. Soit un
difféomorphisme F : M
M
et un champ de tenseurs Tm1
...
mkn1...
nl (x),
nous pouvons évaluer la différence entre la valeur du
tenseur en un point p et sa valeur en F
(p) rétro projetée en p :
F* [Tm1
...
mkn1...
nl
(
F (p))].
Ceci suggère que nous pouvons définir un autre type de dérivée sur les champs de tenseurs, qui caractériserait le taux de variation du tenseur lorsque transporté par un difféomorphisme.
Pour cela pourtant un difféomorphisme discret unique est
insuffisant, nous nécessitons une famille mono paramétrée
de difféomorphismes, Ft.
Cette famille peut être interprétée comme une
application régulière de
x
M
M,
telle que pour chaque t
Î
,
Ft
est un difféomorphisme et (Fs)o(Ft)
=
Fs+t. Remarquons que cette dernière
condition implique que F0
est l’élément neutre.
Les familles de difféomorphismes mono paramétrées peuvent être interprétée comme issues de champs de vecteurs et vice versa. Si on considère l’action de la famille entière Ft sur le point p, il est clair que cela peut être représenté par une courbe dans M, et comme cela est indépendant du point, appliqué à tous les points, toutes ces courbes vont remplir la variété (à l’exception de singularités éventuelles ou l’image peut être un point).
Nous pouvons définir un champ de vecteurs Vm (x) comme l’ensemble des vecteurs tangents à chacune de ces courbes chaque point évalué à t = 0.
Un exemple sur S2 est donné par le
difféomorphisme
Ft(
,F)
= (
,F+
t).
|
|
Nous pouvons inverser la construction et définir une famille mono paramétrée de difféomorphismes depuis n’importe quel champ de vecteurs.
Soit un champ de vecteurs Vm (x), nous définissons les courbes intégrales du champ de vecteurs comme étant les courbes qui satisfont à l’équation :
Remarquons que cette équation familière est ici à utiliser à l’envers, car le champ de vecteurs est donné, et cette équation définit une courbe à lui associer. Les solutions de (5.16) existent sous réserve de se comporter régulièrement et de ne pas “percuter” les limites de la variété, vous en trouverez la démonstration, qui consiste à trouver le système de coordonnées approprié dans lequel le problème se ramène au théorème fondamental des équations différentielles classiques, dans les manuels de géométrie différentielles.
Nos difféomorphismes Ft représentent " le flux sur les courbes intégrales" et le champ de vecteurs est appelé le générateur du difféomorphisme (ces courbes intégrales sont largement utilisées en physique, mais pas sous ce nom). Les lignes de flux magnétique matérialisées par de la limaille de fer entre les pôles d’un aimant, sont simplement les courbes intégrales du champ magnétique de vecteurs B.
Etant donné un champ de vecteurs Vm (x), alors nous avons une famille de difféomorphismes paramétrées par t, et il est naturel d’évaluer les paramètres de la variation d’un tenseur lorsqu’il est déplacé le long d’une courbe intégrale. Pour chaque t nous pouvons définir cette variation par :
Remarquons que les deux termes du membre de droite sont des tenseurs en p.
Nous définirons donc la dérivée de Lie du tenseur le long du champ de vecteurs par :
La dérivée de Lie est une application d’un champ de tenseurs (k, l) sur un champ de tenseurs (k, l) qui est manifestement indépendant des coordonnées. De par sa définition, dérivée classique des fonctions des composantes d’un tenseur, cette dérivée est manifestement linéaire.
Et obéit à la règle de Leibniz,
Où S et T sont des tenseurs et a et b des constantes. La dérivée de Lie, est en fait une notion plus primitive que celle de la dérivée covariante, car elle ne requiert aucune spécification de connexion (bien qu’elle requière un champ de vecteurs tout de même). Il est facile de voir qu’elle se ramène à une dérivée classique sur les fonctions.
Pour discuter de l’action de la dérivée de Lie
sur les tenseurs en des termes que nous connaissons, nous devons
choisir un système de coordonnées adapté à
notre problème. Nous allons travailler en coordonnées
xm
où x1 est le paramètre le long
de la courbe intégrale (les autres coordonnées peuvent
être choisies arbitrairement). Alors le champ de vecteurs prend
la forme V =
/
x1;
ce qui donne les composantes Vm
= (1, 0, 0,..., 0). Le côté magique de ce système
de coordonnées est qu’un difféomorphisme par t
produit une transformation de coordonnées de xm
vers ym
= (x1 + t, x2,..., xn).
Donc d’après (5.6) la matrice de rétro projection
est simplement :
Et les composantes du tenseur rétro projeté de F (p) à p sont simplement :
Dans ce système de coordonnées la dérivée de Lie devient :
Et en particulier la dérivée du champ de vecteurs Um (x) est :
Bien que cette expression ne soit manifestement pas covariante, nous savons que le commutateur [V, U] est un tenseur bien défini, et dans ce système de coordonnées :
Donc la dérivée de Lie de U respectivement à V, a les mêmes composantes dans ce système de coordonnées que le commutateur de V et U, et comme ce sont deux vecteurs, ceci doit être vrai dans n’importe quel système de coordonnées :
Comme conséquence immédiate nous avons £VS = - £WV. C’est à cause de (5.27) que le commutateur est quelquefois appelé “les crochets de Lie” Cherchons maintenant comment £V agit sur une forme monolinéaire wm. Commençons par son action sur le scalaire wmUm pour un champ quelconque de vecteurs Um. Utilisons d’abord le fait que la dérivée de Lie respectivement à un champ de vecteurs se réduit à l’action du vecteur lui-même quand elle est appliquée sur un scalaire :
Utilisons la règle de Leibniz sur le scalaire original :
Égalons ces deux expressions et comme elles doivent être vraies pour Um quelconque, nous voyons que :
Ce qui (conformément à la définition d’un commutateur) est complètement covariant, même si cela ne saute pas aux yeux
Par une procédure semblable, nous pouvons définir la dérivée de Lie d’un champ de tenseurs quelconque. Le résultat peut s’écrire :
En dépit des apparences, cette expression est covariante. Il serait pourtant rassurant d’avoir une autre formulation de cette expression où cette covariance serait manifeste. Il apparaît que nous pouvons écrire :
Où Ñm représente une dérivée covariante symétrique (sans torsion) quelconque, incluant bien sûr celle dérivant de la métrique. Si nous développions (5.32), nous pourrions vérifier que tous les termes impliquant les coefficients de connexion s’annulent ne laissant que (5.31). Les deux versions de la dérivée de Lie sont utiles en différentes occasions.
La dérivée de Lie de la métrique se révèle être d’une importance particulière :
où Ñm est la dérivée covariante déduite de gmn.
Regardons comment ces
concepts s’intègrent dans la théorie de la
relativité générale. Vous avez sans doute
entendu dire que la relativité générale est une
théorie invariante par les difféomorphismes. Ceci
signifie que si l’Univers est représenté par une
variété M munie, d’une métrique
gmn
et de champs de matière Y et
si F : M
M
est un difféomorphisme, alors les ensembles (M,
gmn,Y)
et (M, F*
gmn,F*Y)
représentent la même situation physique.
Comme les difféomorphismes sont en fait des transformations de coordonnées actives, ce n’est qu’une façon docte de dire que la théorie est invariante par changement de coordonnées. Bien qu’une telle assertion soit vraie, elle incite au malentendu par le simple fait qu’elle ne veut pas dire grand chose.
Toute théorie physique qui se respecte, un tant soit peu, est invariante vis-à-vis des coordonnées y compris celles fondées sur la relativité restreinte ou la mécanique Newtonienne. La relativité n’a rien d’original sur ce point. Quand nous nous disons que la théorie est invariante par les difféomorphismes, nous avons en fait une ou deux idées (en rapport étroit) derrière la tête : La théorie précède la géométrie et conséquemment il n’y a pas de système de coordonnées privilégié pour l’espace-temps. La première s’appuie sur le fait que la métrique est dynamique et donc aussi la connexion, l’élément de volume, etc. A la différence de la relativité restreinte ou de la mécanique Newtonienne, il n’y a aucun a priori.
Donc pas question de s’adosser à un quelconque système de coordonnées, adapté à des éléments absolus à priori de la géométrie, pour nous simplifier la tâche. Cet état des lieux nous incite à la plus grande circonspection, car il n’est pas impossible que deux configurations manifestement différentes (de matière et de métrique) de la relativité générale soient en fait la “même” à un difféomorphisme près. Dans une approche de la gravitation quantique, où nous aurions à sommer les configurations différentes, nous devons être attentifs à ne pas compter deux fois certaines configurations alors qu’elles sont physiquement identiques. En relativité restreinte et en mécanique Newtonienne, l’existence de coordonnées privilégiées nous met à l’abri de telles confusions.
Le fait que la relativité générale n’a pas de système de coordonnée privilégié et souvent confondu avec le fait qu’il est invariant (généralement covariant) vis-à-vis d’un changement de coordonnées, les deux assertions sont vraies, mais l’une contient plus d’information que l’autre. Par contre on peut faire bon usage de l’invariance par les difféomorphismes.
Rappelons que l’action totale pour la gravité couplée avec des champs de matière Yi est donnée par la somme de l’action d’Hilbert pour la relativité générale et de l’action de la matière.
L’action d’Hilbert SH est invariante par difféomorphisme quand elle est seule, donc l’action de la matière SM doit aussi l’être si l’action globale est invariante par difféomorphisme. Nous pouvons donc écrire la variation de SM par un difféomorphisme comme suit :
Nous ne considérons pas des variations des champs, mais seulement celles qui résultent du difféomorphisme. Néanmoins, les équations du mouvement de la matière nous indiquent que la variation de SM respectivement à Yi s’annulent pour toute variation (car la partie gravitationnelle de l’action n’invoque pas les champs de matière). Pour une théorie invariante par difféomorphisme le premier terme du membre de droite de (5.35) doit s’annuler. Si le difféomorphisme est généré par un champ vectoriel Vm (x), la variation infinitésimale de la métrique est simplement donnée par sa dérivée de Lie, le long de Vm par (5.33), nous avons :
|
|
(5.37) |
Où nous pouvons laisser tomber la symétrisation de
ÑmVn)
car
SM/
gmn
est déjà symétrique. En imposant que (5.37)
reste vraie pour les difféomorphismes générés
par des champs de Vecteurs arbitraires Vm,
et en utilisant la définition (4.70) du tenseur énergie
impulsion, nous obtenons précisément la loi de
conservation de l’énergie impulsion.
C’est pour cela que nous avions proclamé que la conservation du tenseur énergie impulsion Tmn était bien plus qu’une simple conséquence du Principe d’équivalence, il est beaucoup mieux fondé que cela, il est une conséquence directe de l’invariance pas difféomorphisme de la théorie.
Il y a encore une application, des mécanismes que nous avons développés dans ce chapitre : La symétrie des tenseurs. Nous dirons qu’un difféomorphisme F est une symétrie d’un tenseur si le tenseur est invariant par une rétro projection F :
Bien que les symétries peuvent être discrètes, il est plus fréquent d’avoir affaire à des familles de symétries mono paramétrées : Ft. Si la famille est générée par un champ de vecteurs Vm (x), alors (5.39)
donne :
|
|
(5.40) |
Par (5.25), une implication de la symétrie est que si T est symétrique par une famille de difféomorphismes mono paramétrée, nous pouvons toujours trouver un système de coordonnées dans lesquelles les composantes de T sont toutes indépendantes d’une des coordonnées (la coordonnée de la courbe intégrale du champ de vecteurs). L’inverse est aussi vrai, si toutes les composantes sont indépendantes d’une des coordonnées, alors le champ de vecteurs de dérivées partielles associé à cette coordonnée génère une symétrie du tenseur.
Les symétries les plus intéressantes sont celles de la métrique, pour lesquelles F* gmn = gmn. Un difféomorphisme de ce type est appelé une isométrie.
Si une famille d’isométries mono paramétrée est générée par un champ de vecteurs Vm (x), alors Vm est appelé un champ de vecteurs de Killing. La condition pour que Vm soit un vecteur de Killing est donc :
avec (5.33) on en déduit :
Cette dernière version s’appelle l’équation de Killing. Si un espace-temps possède un vecteur de Killing, nous savons que nous pouvons trouver un système de coordonnées dans lequel la métrique est indépendante d’une des coordonnées.
Mais de loin, l’application la plus importante des vecteurs de
Killing est que les Vecteurs de Killing impliquent la conservation
de quantités associées au mouvement de particules
libres (sur des géodésiques). Si xm
(
)
est une géodésique avec un vecteur tangent Um
= dxm/d
,
et si Vm
est un vecteur de Killing alors :
Où le premier
terme s’annule du fait de l’équation de Killing et
le second du fait que xm
(
)
est une géodésique. Alors la quantité
VmUm
est conservée sur la ligne d’univers de la particule.
Ceci s’explique physiquement puisque par définition la
métrique est inchangée dans la direction du vecteur de
Killing. En schématisant un peu, on peut dire que la particule
libre ne sent aucune force dans cette direction, ce qui fait que les
composantes de son impulsion sont inchangées dans cette
direction.
Autrefois, nous nous référâmes au concept d’espace à symétrie maximale sans en donner une définition précise. La définition rigoureuse est que l’espace à symétrie maximale est celui qui possède le plus grand nombre de vecteurs de Killing, nombre qui dans une variété de dimension n vaut n(n + 1)/2. Nous ne prouverons pas cette assertion, mais elle se comprend informellement facilement. Considérons l’espace Euclidien Rn, dont nous connaissons bien les isométries : translations et rotations. En général il y a n translations, une par direction d’espace. Il y a aussi n(n - 1)/2 rotations, pour chacune des n dimensions, il y a (n - 1) directions dans lesquelles nous pouvons opérer une rotation, mais nous devons diviser par deux pour éviter le double emploi (une rotation de x dans y et une rotation de y dans x sont deux occurrences de la même chose). Nous avons donc :
Vecteurs de Killing indépendants. Le même type de dénombrement s’applique aux espaces courbes à symétrie maximum(comme les sphères) ou à signature non Euclidienne (comme les espaces de Minkowski, bien que les détails soient marginalement différents.
Alors qu’il peut être plus ou moins facile de résoudre l’équation de Killing, il est souvent possible de trouver directement des vecteurs de Killing par un examen des symétries de la métrique. (Certes une métrique “générique” n’a pas de vecteurs de Killing, mais nous avons souvent affaire à des métriques possédant des degrés de symétrie élevés). Par exemple dans R² avec la métrique ds2 = dx2 + dy2, l’indépendance des composantes respectivement à x et y nous offre immédiatement deux vecteurs de Killing :
Ils représentent manifestement deux translations.
La rotation correspondrait au vecteur R=
/![]()
,
si nous étions en coordonnées polaires. En coordonnées
cartésiennes cela devient :
Vous pouvez vérifier que cela est solution de l’équation de Killing.
Remarquons que pour n ³ 2 dimensions, il peut y avoir plus de vecteurs de Killing que de dimensions. C’est parce que l’ensemble des champs de vecteurs de Killing peut être linéairement indépendant même si en un point de la variété, les vecteurs sont linéairement dépendants en ce point. Il est immédiat de montrer (faites- le pour vous en convaincre) qu’une combinaison linéaire de vecteurs de Killing avec des coefficients constants est un vecteur de Killing, non indépendant des autres par construction. Ceci n’est pas nécessairement vrai si les coefficients varient sur la variété. Il est également facile de montrer que le commutateur de deux champs de vecteurs de Killing est un champ de vecteur de Killing. Ceci est très utile à connaître, mais le champ résultant peut ne pas être linéairement indépendant (il peut aussi est nul). Trouver tous les vecteurs de Killing d’une métrique peut donner du fil à retordre et il n’est pas toujours clair de savoir quand on doit s’arrêter.