http://pancake.uchicago.edu/~carroll/notes/ : J. Fric endosse toute responsabilité pour les erreurs que sa traduction (qui n'a pas été vérifiée par l'auteur) aurait pu ajouter. En cas de doute, veuillez vous rapporter à la version originale.
2. Variétés différentiables....................................................................................................... 3
Généralités............................................................................................................................ 3
Définition intuitive de la notion de variété.......................................................................... 3
Exemples de Variétés:.......................................................................................................... 3
Contre exemples................................................................................................................... 4
Applications sur les variétés................................................................................................ 5
Composition d'applications.............................................................................................. 5
Applications injectives, surjectives................................................................................. 6
Domaine d'une application............................................................................................... 6
Image, pré image d'une application................................................................................. 7
Applications bijectives..................................................................................................... 7
Continuité d'une application................................................................................................ 7
Difféomorphisme................................................................................................................. 7
Règle de chaînage:................................................................................................................ 8
Ensembles ouverts................................................................................................................ 9
Système de coordonnées...................................................................................................... 9
Atlas.................................................................................................................................... 10
Définition d'une Variété..................................................................................................... 10
Exemple de systèmes de coordonnées............................................................................... 11
Différentiation.................................................................................................................... 13
Vecteurs sur la variété........................................................................................................ 13
Espace tangent................................................................................................................ 14
Vecteurs tangents........................................................................................................... 14
Les vecteurs sont des dérivées........................................................................................... 14
Dérivée directionnelle.................................................................................................... 14
Les dérivées directionnelles forment un espace vectoriel............................................. 15
Bases de coordonnées..................................................................................................... 15
Loi de transformation des vecteurs................................................................................ 17
Vecteur dual d'une variété.................................................................................................. 18
Loi de transformation d'un vecteur dual........................................................................ 18
Tenseurs sur les variétés.................................................................................................... 19
Loi de transformation d'un Tenseur............................................................................... 19
Modifications liées à la généralisation des
opérations tensorielles dans un espace de Minkowski à une Variété
différentiable quelconque......................................................... 20
Les dérivées partielles ne sont pas des tenseurs............................................................ 20
Le tenseur métrique............................................................................................................ 21
L'intervalle d'espace temps généralisé............................................................................... 22
Forme canonique de la métrique........................................................................................ 23
Signature, rang de la métrique....................................................................................... 24
Métriques euclidiennes, riemaniennes,
lorentziennes, indéfinies................................. 24
Coordonnées localement inertielles................................................................................... 24
Détermination de l'espace tangent en un point.............................................................. 24
Le cas du tenseur de Levi-Civita........................................................................................ 26
Le symbole de Levi-Civita................................................................................................. 26
La densité de Tenseur......................................................................................................... 26
Poids d'une densité de tenseur, Jacobien....................................................................... 27
Volumes et intégration dans une Variété........................................................................... 27
Le théorème de Stockes en point d'orgue.......................................................................... 29
<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0 Transitional//EN"><!-- saved from url=(0068)http://nedwww.ipac.caltech.edu/level5/March01/Carroll3/Carroll2.html -->
Après
sa publication de la théorie de la relativité restreinte, Einstein s'est
essayé, sans succès à mettre au point une théorie de la gravitation invariante
sous une transformation de Lorentz. La vraie rupture a consisté à remplacer
l'espace de Minkowski par un espace courbe, dont la courbure est générée par
l'énergie et la matière et réagit avec elle.
Pour
explorer cette voie plus avant, nous devons acquérir les connaissances
mathématiques relatives à ces espaces courbes. Nous allons d'abord nous
intéresser aux Variétés en général et
puis étudier plus spécifiquement les propriétés mathématiques des espaces
courbes dans le chapitre suivant. Pour la généralité nous nous réfèrerons à des
espaces à "N" dimensions encore que pour notre application N=4.
Une
Variété (ou quelquefois Variété différentiable) est un des concepts les plus
fondamentaux en mathématiques et en physique. Nous connaissons les propriétés
de l'espace Euclidien à n dimensions,
Rn, qui est l'ensemble des n-tuples (x1,...,
xn).
La
notion de Variété reflète l'idée que l'espace peut être courbe et avoir une
Topologie compliquée, mais qu'il peut être assimilé localement à Rn.
Assimilé
ne signifie pas que la métrique est la même, mais que les notions de base de l'analyse
comme ensembles ouverts, fonctions et coordonnées sont les mêmes. La Variété
complète est alors reconstituée en raccordant sans discontinuité toutes ces
régions locales.
Rn lui-même incluant la ligne R, le plan R², etc..…
Il
est évident que Rn
ressemble localement à lui même en tout point et pour cause!
L'hypersphère de dimension n, Sn, définie
comme le lieu des points à distance constante d'un point (centre) dans un
espace à R n+1 dimensions.
Le
cercle et la sphère 2D sont parmi les
exemples favoris de Variétés.
L'Hyper-Tore
Tn
de dimension n qui est obtenu à
partir d'un hypercube de dimension n en joignant les faces opposées.
Le
tore traditionnel (chambre à air) est obtenu à partir d'un carré par exemple
comme suit:
Une
surface de Riemann de genre g est un
Tore-2D avec g trous au lieu d'un.
S2 est une surface de
Riemann de genre zéro.
Toute
Variété compacte, orientable (qui possède des "(hyper)faces "
disjointes) et sans bords de dimension deux est
une surface de Riemann d'un genre dépendant de sa topologie (nombre
maximum de coupures indépendantes qu'on peut opérer tout en respectant la
connexité : un seul morceau).
Genre
0 Genre 1 Genre 2
De
façon plus abstraite, un ensemble comme les rotations dans Rn
forment une variété. Les groupes de Lie sont des Variétés munies en plus d'une
structure de groupe.
Le
produit de deux variétés est une Variété. Etant donné 2 variétés M et M'
de dimension n et n', nous pouvons construire une Variété M × M',
de dimension n + n', constituée des paires ordonnées
(p, p') pour tout p ÎM et p' ÎM'.
Défini
ainsi la notion de Variété semble ratisser large. Y a t'il des choses qui ne
soient pas des Variétés ? Tout plein! Tout ce qui ne ressemble pas localement à
Rn., par exemple la ligne unidimensionnelle coupant un plan et deux
cônes réunis par leur sommets (Un seul cône est une variété si on exclut le
sommet).
Définissons
rigoureusement la Variété. Nous avons besoin de quelques définitions
préliminaires. La plupart sont assez claires, mais nous nous devons d'être
complets.
La
notion la plus élémentaire est celle d'application entre deux ensembles (de
l'un vers l'autre appelé aussi une carte par analogie au fait qu'une carte est
une application de ce type entre un objet "le territoire" et sa
"représentation " sur une feuille de papier). La connaissance de la notion
d'ensemble est supposée. Soit deux variétés M
et N, une application F : M
N est une relation qui fait correspondre à
chaque élément de M, exactement un
élément de N. Une application est une
généralisation du concept de fonction.
La figure canonique d'une application ressemble à ce qui suit :
Etant
donné deux applications F: A
B
et Y: B
C,
nous définissons la composition YoF : A
C
par l'opération YoF (a) = Yo(F (a)).
Si a
ÎA, F (a) ÎB, alors (YoF)(a) Î C.
L'ordre
des applications s'explique par le fait que la plus à droite agit en premier.
Illustré
cela donne :
Une
application F est appelée injective si
chaque élément de N est au plus
l'application d'un seul élément de M, et surjective si chaque élément de N est au moins l'application d'un
élément de M Considérons une fonction
F de ![]()
![]()
. Alors F
(x) = ex est injective
mais pas surjective, F(x) = x3 - x est surjective, mais pas
injective et F (x) = x3 est les deux alors que F (x) = x2 n'est ni injective, ni
surjective.
L'ensemble
M est appelé le domaine de l'application F, et l'ensemble des points de N
résultant de l' application sur M est
appelé l' image de F.
Pour
un sous ensemble U Ì N,
l'ensemble des éléments de M
cartographiés par U est appelé la pré-image de U par F , ou F-1 (U).
Une
application à la fois injective et surjective est appelée bijective ou biunivoque. Dans ce cas nous pouvons définir
l'application inverse F-1 : N
M
par (F-1oF)(a) = a. (Notons que le même symbole F-1 est utilisé pour la pré-image et l'application
inverse, même si la première est toujours définie alors que la seconde n'est
définie que dans certains cas. Alors :
La
notion de continuité d'une application entre espaces topologiques (donc de
variétés) est en fait assez subtile. Nous n'en donnerons pas la formulation
rigoureuse. Cependant les notions intuitives de continuité et par là de
différentiation d'applications f de Rm® Rn entre espaces Euclidiens est très
utile. Une carte de Rm® Rn prend un m-tuple (x1, x2,...,
xm)
et lui fait correspondre un n-tuple (y1,
y2,..., yn),
et peut à ce titre être considéré comme une liste de n fonctions fi de m
variables:
|
<TBODY> |
(2.1) </TBODY> |
Nous
appelerons ces fonctions C p, si
elles sont continues et p-fois différentiables et
appeler C p la carte
entière issue de l'application f : Rm® Rn, si chacune des fonctions qui la
composent est au moins de type Cp.
Ainsi une carte C0 est
continue mais pas nécessairement différentiable alors qu'une carte C
est continue et différentiable à l'infini. Les cartes
C
sont quelquefois appelées lisses.
Nous
dirons de deux ensembles qu'ils sont difféomorphes s'il existe une carte f: M
N
de type C
possédant une carte inverse F-1 : N
M de type C
également. L'application f est alors appelée un difféomorphisme.
La
notion de difféomorphisme entre deux espaces ne s'applique qu'aux Variétés, ou
la notion de différentiation résulte de leur ressemblance avec l'espace
Euclidien Rn du moins localement.
Cependant,
nous pouvons également définir la continuité d'applications entre deux espaces
topologiques (pas nécessairement des variétés). Nous dirons ces espaces
"homéomorphes ", ce qui veut dire topologiquement équivalents s'il
existe une carte et son inverse toutes deux continues entre ces deux ensembles.
Des espaces homéomorphes qui ne sont pas difféomorphes
sont concevables, ils sont topologiquement équivalents mais munis de structures
différentiables différentes. En 1964 Milnor a montré que S7 avait 28 structures différentiables différentes. En
fait pour n < 7 il n'y a qu'une
structure différentiable sur Sn,
alors que pour n > 7, le nombre
s'accroît considérablement. R4 a un nombre infini de structures différentiables.
L'enchaînement
d'applications f : Rm® Rn et g
: Rn®
Rl amène à définir la loi de composition (gof ):
Rm® Rl
Nous
pouvons représenter chaque espace par ses coordonnées: xa sur Rm, yb sur
Rn, et zc sur
Rl, où les
indices prennent les valeurs appropriées.
La
règle de chaînage décrit la composition des dérivées partielles des
applications composées.
|
<TBODY> |
(2.2) </TBODY> |
Soit en abrégé :
|
<TBODY> |
(2.3) </TBODY> |
Nous
pouvons utiliser cette formule ad libitum,
mais essayons de découvrir sa relation avec les applications qui la sous
tendent.
Rappelons
nous que si m=n le déterminant de la matrice
yb/
xa
est appelé le jacobien
de l'application, et que l'application est inversible (la matrice possède un
inverse) si le jacobien n'est pas nul. Ces
définitions doivent vous être familières, même si elles sont un peu lointaines.
Nous allons les utiliser dans le cadre de la définition rigoureuse d'une
Variété. Curieusement, une procédure un peu particulière est nécessaire pour
formaliser cette notion intuitive.
Nous
devons d'abord définir un ensemble ouvert, que nous allons munir d'un système
de coordonnées et après nous allons devoir raccorder ces ensembles ouverts
d'une certaine façon.
Commençons
par une n-sphère ouverte qui est l'ensemble des points x de Rn tels que | x
- y| < r pour une valeur fixe de yÎ Rn et r Î
, où | x - y| = [Si (xi
- yi)2]1/2.
Notons que l'inégalité est stricte, la n-sphère ouverte est l'intérieur de la n-sphère de rayon r
centrée à y.
Un
ensemble ouvert de Rn est un ensemble constitué de l'union d'un nombre
arbitraire (jusqu'à l'infini) de n-sphères ouvertes. En d'autres termes, V Ì Rn est ouvert si quel que soit y ÎV, il y a
une n-sphère ouverte centrée à y qui
est complètement incluse dans V. En
gros, un ensemble ouvert est l'intérieur d'une surface fermée de dimension (n - 1) où l'union de plusieurs
intérieurs de ce type. En définissant la notion d'ensemble ouvert nous avons
muni Rn d'une topologie, dans ce cas d'une topologie à
métrique standard.
Un
système de coordonnées consiste en
un sous ensemble U d'un ensemble M , associé à une carte injective f :U
Rn, telle que l'image de f
(U) est ouverte dans
. Chaque carte est surjective vis à vis de son image,
ainsi la carte f: U
f (U) est inversible. Nous pouvons alors dire que U est un ensemble ouvert dans M. (Nous avons alors muni M d'une topologie, bien que nous ne
développerons pas ce point).
Un
atlas de type C
est
une liste indexée de systèmes de
coordonnées {(U
,fa)} qui remplit deux conditions:
1. L'union de U
est égale à M :
la couverture des U
est M.
2. Les systèmes de coordonnées sont assemblés sans
raccords. Plus précisément si deux
systèmes de coordonnées se recouvrent , U
U b¹Æ, alors la carte
(fao fb) applique surjectivement
les points de fb (U
Ub) Ì Rn sur (fa (U
Ub) Ì Rn , et toutes ces cartes doivent être
partout où elles sont définies de type C
. Ceci est plus clair sur la figure suivante :
Ainsi
nous avons défini un système de coordonnées sur un ensemble ouvert et un atlas
qui est un système de systèmes de coordonnées où les recouvrements sont réunifiés
par une application bijective ( fonction de transition) entre les deux images
des même points..
Enfin,
une Variété de dimension n de type C
(variété n
en abrégé) est simplement un ensemble
M muni d'un atlas maximum, qui
contient tous les systèmes de coordonnées compatibles possibles.
Nous
pouvons remplacer C
par Cp
dans nos définitions précédentes. Pour notre propos, le niveau de
différentiation d'une Variété n'est pas critique, nous supposerons qu'il est
aussi différentiable que nécessaire à notre application.
La
contrainte d'atlas maximum permet d'éviter que deux espaces équivalents qui
seraient munis d'atlas différents ne soient comptés comme deux variétés
différentes. Cette définition formalise la notion d'ensemble assimilable
localement à Rn.
Nous
aurons rarement à faire appel à l'intégralité de la définition, mais rigueur
oblige.
Un
point intéressant dans notre définition est qu'elle ne fait pas appel à
l'imbrication de la Variété dans des espaces Euclidiens de dimension supérieures. En fait toute
Variété de dimension n peut être imbriquée dans R²n (Théorème
d'imbrication de Whitney) et nous utiliserons quelquefois cette propriété
(comme pour la définition de la sphère précédemment).
Mais
il est important de noter que la Variété existe indépendamment de toute
imbrication.
Nous
n'avons aucune raison de penser que l'espace-temps à quatre dimensions est
imbriqué dans un espace plus grand.
Les
théoriciens des cordes pensent que notre Univers est une partie d'univers à
dix, voire onze dimensions d'espace temps, mais cela ne change rien à l'affaire
si nous ne considérons que les quatre dimensions d'espace temps habituelles.
Pourquoi
est-il nécessaire de faire toute cette gymnastique avec les systèmes de
coordonnées, leurs recouvrements, alors qu'il paraîtrait plus simple de couvrir
chaque Variété avec un seul système de coordonnées. La raison est que beaucoup
de Variétés ne peuvent pas être couvertes avec un seul système de coordonnées.
Prenons l'exemple le plus simple S1.
Il
y a un système de coordonnées classique ,
: S1
![]()
, où
= 0 au sommet du cercle et s'enroule autour jusqu'à 2
. Dans la définition d'un système de coordonnées, nous
avons imposé à l'image
(S1) d'être ouverte dans
. Si
nous incluons soit
= 0 soit
= 2
, nous avons un intervalle fermé au lieu d'ouvert. Si
nous excluons les deux points, nous ne couvrons pas tout le cercle. Donc nous
avons besoin de deux systèmes de coordonnées, comme montré ci dessous.
Un
exemple un peu plus compliqué est représenté par la sphère S2, où de nouveau un système de coordonnées unique ne
pourra pas couvrir la Variété entière.
Une
projection de Mercantor ignore les pôles nord et sud
(ainsi que la ligne de changement de date qui implique le même problème que
celui soulevé pour S1 avec
.
Considérons
S2 comme l'ensemble des
points de R3 défini par (x1)2
+ (x2)2 + (x3)2 = 1. Nous
pouvons construire un système de coordonnées d'un ensemble ouvert U1, défini comme la sphère
sauf le pôle nord, via une projection "stéréographique":
Alors,
nous traçons une ligne droite du pôle Nord vers le plan défini par x3 = - 1, qui coupe S2 comme indiqué sur la
figure et le plan aux coordonnées cartésiennes
(y1, y2). La carte est donnée
explicitement par :
|
<TBODY> |
(2.4) </TBODY> |
Vous
pouvez facilement vérifier cette formule (je l'ai fait) Un autre système de
coordonnées (U2,F2) est
obtenu de façon symétrique en projetant depuis le pôle sud la sphère sur le
plan défini x3 = + 1. Les coordonnées résultantes couvrent la sphère
moins le pôle sud et sont données par :
|
<TBODY> |
(2.5) </TBODY> |
Ensemble
ces deux systèmes de coordonnées couvrent la Variété complète, en se recouvrant
sur la région -1 < x3
< + 1. Ce que vous pouvez également vérifier est que la composition F2°F-1 est
donnée par
|
<TBODY> |
(2.6) </TBODY> |
est du
type C
dans la région du recouvrement
Tant
que nous restons dans cette région, (2.6) apparaît comme un changement de
coordonnées.
Nous
voyons alors la nécessité des systèmes de coordonnées et des atlas : beaucoup
de Variétés ne peuvent pas être couvertes par un seul système de coordonnées
(bien que ce soit possible pour certains, même munies de topologies
particulières).
Est-il
possible d'imaginer un simple mais bon système de coordonnées couvrant le
cylindre S1 × R?
Néanmoins,
il est souvent pratique de travailler avec un seul système de coordonnées et de
noter les points qui en sont exclus. Le fait que les variétés se comportent
localement comme Rn, ce qui se manifeste par la construction des
systèmes de coordonnées, introduit la possibilité d'analyse sur les variétés,
par des opérations telles que la différentiation et l'intégration. Considérons
deux variétés M et N de dimensions m et n, avec des systèmes
de coordonnées F
sur M et Ysur N.
Imaginons que nous avons une fonction f
: M
N,
Considérons
M et N comme des ensembles, nous ne pouvons pas différencier
l'application f, car nous ne savons
pas ce que cette opération signifie. Mais les systèmes de coordonnées vont nous
permettre de construire l'application (YofoF-1) : Rm
Rn, (où l'application est définie bien sûr
et où c'est approprié!.).
C'est
juste une application entre espaces Euclidien et tous les concepts du Calcul
avancé s'appliquent. Par exemple f, considéré comme une fonction à n
arguments sur M, peut être
différenciée pour obtenir
f/
xm, où xm représente Rm. Remarquons
que cette notation est abrégée et si on développe on a :
|
<TBODY> |
(2.7) </TBODY> |
Il
serait lourd d'écrire l'application détaillée explicitement en permanence. La
notation abrégée sera suffisante la plupart du temps.
Ayant
établi ces bases, nous pouvons maintenant introduire différentes sortes de
structures sur les Variétés. Commençons par les vecteurs et les espaces
tangents. Dans notre exposé sur la Relativité restreinte, nous étions restés
vagues sur la définition des vecteurs et leur relation avec l'espace temps.
Nous
avions insisté sur la notion d'espace tangent, ensemble de tous les vecteurs en
un point de l'espace temps. La raison en était que l'idée d'un vecteur
s'étendant entre deux points de l'espace ne s'appliquait pas à ce cas, mais
qu'un vecteur pouvait être considéré comme un objet associé à un point.
Cette
définition nous fait temporairement abandonner des notions concrètes comme
"le vecteur pointe dans la direction des x " puisque l'espace tangent
est simplement un espace vectoriel en chaque point, ce qui est assez abstrait.
Il est temps de remédier à cela. Imaginons que nous voulions construire
l'espace tangent en un point p d'une
Variété M en n'utilisant que des
choses intrinsèques à M, (sans
l'imbriquer dans des espaces de dimensions supérieures etc..).
Notre
première idée serait d'utiliser notre connaissance intuitive qu'il y a des
objets appelés "vecteurs tangents à des courbes" qui appartiennent à
l'espace tangent.
Si
nous considérons l'ensemble de toutes les courbes paramétrées passant par p qui est l'espace de toutes les cartes
(non dégénérées) g:
![]()
M , telles
que p
est dans l'image de g.
On
est tenté de définir l'espace tangent comme généré par tous les vecteurs
tangents à ces courbes en p.
C'est
brûler les étapes car, l'espace tangent Tp est supposé être l'espace de tous les vecteurs
en p, et avant de l'avoir défini,
nous n'avons pas de notion indépendante de ce qu'est un vecteur tangent à une
courbe. Dans un système de coordonnées xm , une courbe quelconque passant par p définit un élément de Rn
spécifié par n nombres réels dxm/d
(où
est un paramètre le long de la courbe), mais cette
carte dépend manifestement des coordonnées, ce qui n'est pas ce que nous
recherchons. Néanmoins, nous sommes sur la bonne voie, nous devons juste rendre
ceci indépendant des coordonnées. A cette fin nous définissons l' espace de
toutes les fonctions régulières
sur M (soit,
cartes de type C
f : M
![]()
).
Ensuite
nous remarquons que chaque courbe passant par p définit un opérateur sur cet espace, la dérivée directionnelle,
qui réalise l'application f
df /d
(en p).
Nous allons revendiquer la chose suivante: l'espace
tangent Tp peut être identifié à l'espace des
opérateurs de dérivées directionnelles le long des courbes passant par p.
Pour
l'établir nous devons démontrer deux choses, d'abord que l'espace des dérivées
directionnelles est un espace vectoriel et ensuite qu'il est l'espace que nous
cherchons ( qu'il a la même dimension que M, qu'il produit l'idée naturelle de vecteurs
pointant dans une certaine direction, et ainsi de suite).
La
première assertion, les dérivées directionnelles forment un espace vectoriel
semble assez immédiate. Imaginons deux opérateurs d/dl
et d/dh représentant les dérivées le long de deux courbes
passant par p.
Nous
n'avons aucun problème pour les additionner et les multiplier par des nombres
réels, pour obtenir un nouvel opérateur a.d/dl + b.d/dh. Il n'est pas
évident que ces espaces soient fermés c’est-à-dire que l'opérateur résultant
soit lui même un opérateur de dérivation.
Un
opérateur de dérivation correct doit agir linéairement sur les fonctions, et
obéir à la loi de Leibnitz pour le produit des fonctions. Notre nouvel
opérateur est manifestement linéaire, donc nous devons vérifier qu'il suit la
loi de Leibnitz. Nous avons
|
<TBODY> |
(2.8) </TBODY> |
Ainsi
que nous l'espérions la règle du produit est satisfaite, l'ensemble des
dérivées directionnelles est bien un espace vectoriel.
Est
bien l'espace vectoriel que nous voudrions identifier à l'espace tangent ?
La
meilleure façon de s'en convaincre est de trouver une base pour cet espace.
Considérons de nouveau un système de
coordonnées xm. Alors il y a
un ensemble évident de n dérivées
directionnelles en p, nommément les
dérivées partielles ¶m en p.
Nous
allons maintenant déclarer que les opérateurs de dérivée partielle ¶m en p
forment une base pour l'espace tangent Tp. Il s'ensuit que cet espace Tp est
de dimension n qui est le nombre de
vecteurs de base. Nous allons montrer
que toute dérivée directionnelle est peut être décomposée en une somme pondérée
par des nombres réels de dérivées partielles. C'est l'expression bien connue
des composantes d'un vecteur tangent,
mais regardons du point de vue de notre approche formelle. Considérons une
Variété M, de dimension n, un système de coordonnées F : M
Rn,
une courbe g
: ![]()
M et
une fonction f : M
![]()
. Ceci conduit à la combinaison d'applications
suivantes :
Si
est le paramètre le long de g nous désirons exprimer l'opérateur vecteur d/dl en termes de dérivées partielles, ¶m .
En utilisant la règle de chaînage (2.2) nous avons :
|
<TBODY> |
(2.9) </TBODY> |
La
première ligne reprend simplement l'expression informelle du membre de gauche
et la réécrit sous forme de dérivée de la fonction (fog) : R → R. La deuxième ligne s'appuie sur la définition de
l'application inverse F-1 (et sur
l'associativité de l'opérateur de composition). La troisième relate la règle de
chaînage (2.2) et la dernière reprend la notation informelle du départ. Comme
la fonction f est quelconque, nous avons :
|
<TBODY> |
(2.10) </TBODY> |
Nous
en concluons que les dérivées partielles ¶m représentent une base valide de l'espace vectoriel
des dérivées directionnelles, que nous pouvons valablement identifier à
l'espace tangent.
Certes,
le vecteur représenté par d/dl
est une vieille connaissance, le vecteur tangent à la courbe de paramètre l.
Alors (2.10) n'est que la réaffirmation de (1.24), où nous disions que les
composantes du vecteur tangent était simplement dxm/d
. La différence est que nous travaillons maintenant
sur une variété quelconque et que nous avons défini nos vecteurs de base comme
étant ê(m) =¶m .
Cette
base particulière (ê(m) = ¶m) est appelée une base de coordonnées pour Tp; C'est la formalisation du concept de vecteurs
de base pointant dans la direction des axes de coordonnées.
Il
n'y a aucune raison de se limiter aux bases de coordonnées pour les vecteurs
tangents, nous pouvons utiliser des bases orthonormées, par exemple, si cela se
révèle plus approprié. Toutefois le système de base de coordonnées se révèle
être simple et naturel et nous l'utiliserons extensivement tout au long de ce
cours.
Un
des avantages de la démarche abstraite que nous avons suivi pour les vecteurs
est que la loi de transformation est immédiate. Comme les vecteurs de base sont
ê(m) = ¶m, les vecteurs de base dans un nouveau système de
coordonnées xm' sont
données par la règle de chaînage (2.3)
par
|
<TBODY> |
(2.11) </TBODY> |
Nous
pouvons obtenir la loi de transformation par la même méthode qu'en espace plat,
en exigeant que le vecteur V = Vm¶m soit invariant par un changement de coordonnées : Nous
avons :
|
<TBODY> |
(2.12) </TBODY> |
Et
en conséquence, comme la matrice
xm'/
xm est l'inverse de la matrice
xm/
xm',
|
<TBODY> |
(2.13) </TBODY> |
Comme
nous n'écrivons pas explicitement en général la base des vecteurs, la règle
(2.13) de transformation des composantes est appelée "loi de
transformation des vecteurs". Remarquons la compatibilité avec la loi de
transformation des composantes des vecteurs en RR par une transformation de
Lorentz, Vm' = Lmm' .Vm, du fait que
la transformation de Lorentz est une sorte particulière de transformation de
coordonnées avec xm' = Lmm' .x m. Mais (2.13) est beaucoup plus général, car il inclut
le comportement des vecteurs par des changement quelconques de coordonnées et
donc de bases, pas seulement les transformations linéaires. Comme d'habitude
nous insistons sur la distinction ontologique subtile entre un changement de
coordonnées qui ne change pas les composantes d'un tenseur et un changement de
base dans l'espace tangent qui lui les change, mais comme nous avons décidé
d'utiliser les coordonnées pour définir la base, un changement de coordonnées
change la base :
En
ayant terminé avec les vecteurs, nous nous intéressons maintenant aux vecteurs duaux, comme nous l'avons fait
pour l'espace plat. De nouveau l'espace cotangent T*p est l'ensemble les formes linéaires
: Tp ![]()
. L'exemple canonique d'une forme monolinéaire
est le gradient d'une fonction f,
dénotée df.
Son action sur un vecteur d/dl
produit la dérivée directionnelle de la fonction:
|
<TBODY> |
(2.14) </TBODY> |
On
peut se demander si la fonction ne peut pas être considérée elle même comme une
forme monolinéaire, et df /d
étant son action. Le hic est qu'une forme monolinéaire n'existe qu'au point où elle est définie et ne
dépend en rien des autres points de M.
Si nous connaissons une fonction au voisinage d'un point nous pouvons définir
sa dérivée, mais cela n'est pas possible si nous ne connaissons que la valeur
en ce point. Le gradient contient toute l'information permettant de calculer la
dérivée le long de n'importe quelle courbe passant par p, remplissant ainsi son rôle de vecteur dual.
De
la même manière que les dérivées partielles par rapport aux axes de coordonnées
définissent une base naturelle de l'espace tangent, le gradient d'une fonction
des coordonnées xm définit une base naturelle à l'espace cotangent.
Rappelons nous que dans l'espace plat, nous avons construit une base de T*p par la relation
(ê(n)) = dmn. Si nous appliquons la même philosophie sur une
Variété quelconque nous trouvons que (2.14) nous conduit à:
|
<TBODY> |
(2.15) </TBODY> |
Donc
les gradients {dxm} forment une base convenable de formes mono
linéaires. Une forme mono linéaire quelconque s'écrit
= wm dxm.
Les
propriétés de transformation d'une base de vecteurs duaux et de leurs
composantes suivent la procédure habituelle. Pour une base de formes monolinéaires nous avons :
|
<TBODY> |
(2.16) </TBODY> |
Et pour les composantes,
|
<TBODY> |
(2.17) </TBODY> |
Nous
écrirons généralement les composantes wm pour relater une forme monolinéaire
.
La
loi de transformation pour les tenseurs suit le même schéma, simplement nous
remplacerons la matrice de transformation de Lorentz utilisée en espace plat
par une matrice représentant une transformation plus générale de coordonnées.
Un tenseur T de type (k, l ) peut être développé comme
suit :
|
<TBODY> |
(2.18) </TBODY> |
Les
composantes se modifient par une transformation de coordonnées selon :
|
<TBODY> |
(2.19) </TBODY> |
Cette
loi de transformation est simple à se rappeler du fait que cela ne peut pas
donner autre chose compte tenu du placement des index. Cependant, il est
souvent plus simple de transformer un tenseur en considérant les vecteurs de
base et les formes monolinéaires comme respectivement
les dérivées partielles et les gradients et en substituant simplement dans la
transformation de coordonnées.
Par
exemple si on considère un tenseur
symétrique S de type (0, 2) sur une
variété à deux dimensions dont les composantes (x1 = x, x2 = y) dans le système de coordonnées sont données par :
|
<TBODY> |
(2.20) </TBODY> |
Ceci peut être réécrit :
|
<TBODY> |
(2.21) </TBODY> |
Où
dans la dernière ligne on a supprimé le symbole de produit tensoriel pour
alléger. Considérons maintenant les nouvelles coordonnées :
|
<TBODY> |
(2.22) </TBODY> |
Ceci nous amène à :
|
<TBODY> |
(2.23) </TBODY> |
Nous
n'avons plus qu'a introduire ces expressions dans
(2.21) pour obtenir (souvenons nous que les tenseurs
ne commutent pas, donc dx' dy' ¹ dy' dx'):
|
<TBODY> |
(2.24) </TBODY> |
soit
|
<TBODY> |
(2.25) </TBODY> |
Remarquons
qu'il est toujours symétrique. Nous n'avons pas utilisé la loi de
transformation (2.19) directement, mais ce faisant nous avons obtenu le même
résultat comme vous pouvez vérifier.
Pour
la plupart, les diverses opérations que nous avions définies dans l'espace plat
étaient non modifiées dans un contexte plus général: la contraction, la symétrisation, etc. Il y a trois exceptions importantes :
les dérivées partielles, la métrique et le tenseur de Levi Civita.
Commençons
par les dérivées partielles. La misère vient de ce que la dérivée partielle
d'un Tenseur, n'est pas en général un nouveau Tenseur. Le gradient qui est la
dérivée partielle d'un scalaire est un tenseur de rang (0,1) convenable, comme
nous l'avons vu. Mais la dérivée partielle de tenseur de rang plus élevé n'est
pas tensorielle, comme nous pouvons le voir en considérant la dérivée partielle
d'une forme monolinéaire ¶mWn et en la
redéfinissant dans un nouveau système de coordonnées.
|
<TBODY> |
(2.26) </TBODY> |
Le
deuxième terme de la deuxième ligne détruit le caractère tensoriel ¶mWn de rang
supposé (0,2) de l'expression. Comme on le voit, ceci se produit parce que la
dérivée de la matrice de transformation ne s'annule pas, contrairement au cas
de la transformation de Lorentz en espace plat.
D'autre
part l'opérateur de dérivée extérieure d
forme un tenseur antisymétrique de (0, p
+ 1) quand on l'applique sur une forme p-linéaire.
Pour p =1, (2.26) nous indique que le
terme non tensoriel peut être écrit :
|
<TBODY> |
(2.27) </TBODY> |
Cette
expression est symétrique en m' et
, car les dérivées partielles commutent. Mais comme la
dérivée extérieure est définie comme la dérivée partielle anti symétrisée, ce
terme s'annule (antisymétriser une expression
symétrique provoque sa nullité)
La
transformation ne nous laisse donc que des termes correspondant à un tenseur,
ce qui montre que la dérivée extérieure produit un tenseur. L'extension à une
valeur de p quelconque est immédiate.
La dérivée extérieure est donc un opérateur
légitime de tenseurs. Elle ne se substitue pas pour autant à la dérivée
partielle, du fait qu'elle n'est définie que sur les formes linéaires. Dans la chapitre suivant, nous allons définir une dérivée
covariante, qui va être l'extension de la dérivée partielle pour des Variétés
quelconques.
L'importance
du tenseur métrique dans les espaces courbés est telle qu'un nouveau symbole gmn lui a été attribué (hmnest réservé à la métrique de Minkowski). Ce tenseur
est général, sa seule contrainte étant qu'il doit être un tenseur (0,2)
symétrique. Sauf cas particulier, il est non dégénéré, ce qui veut dire que son
déterminant g = | gmn| n'est pas nul. Ceci permet de définir la métrique
inverse gmn via
|
<TBODY> |
(2.28) </TBODY> |
La
symétrie de gmn implique que son inverse gmn l'est aussi. Comme en relativité restreinte, la
métrique et son inverse peuvent être utilisés pour abaisser ou élever des
index.
La
métrique joue un rôle central et déterminant dans la théorie de la relativité,
citons quelques-unes des propriétés et applications de gmn :
(1)
La métrique fournit une notion de passé et de futur.
(2)
La métrique permet le calcul de la longueur des chemins et du temps propre.
(3)
La métrique détermine le chemin le plus court entre deux points, et par la
même, la trajectoire des particules.
(4)
La métrique remplace le champ gravitationnel newtonien F.
(5)
La métrique fournit la notion de référentiel localement inertiel, en
conséquence un critère d'absence de
rotation.
(6)
La métrique détermine la causalité, en définissant les chemins suivis par la
lumières comme les plus courts possibles, plus courts qu'aucun autre chemin
suivi par un quelconque autre signal ou des particules réelles.
(7)
La métrique va permette de réaliser les opérations qui remplacent le produit
scalaire de l'espace Euclidien traditionnel
de la mécanique Newtonienne, etc..
Toutes
ces propositions ne sont pas indépendantes, mais elles illustrent l'importance
de ce tenseur.
Dans
notre discussion sur la longueur d'un chemin en Relativité Restreinte, nous
avons introduit l'élément différentiel linéaire (d'intervalle
d'espace-temps) ds2 = hmndxmdxn, qui a été utilisé pour calculer la longueur d'un
chemin. Comme, nous savons que dxm est réellement un vecteur de base dual, il devient
naturel d'utiliser les termes "métrique" et "élément
différentiel linéaire" de façon interchangeable, nous écrirons.
|
<TBODY> |
(2.29) </TBODY> |
Pour
être parfaitement cohérent nous devrions écrire
"g", et nous ne
ferons quelquefois, mais pas souvent car "g" est utilisé la plupart du temps pour désigner le
déterminant | gmn|.
Par
exemple nous savons que l'élément différentiel linéaire d'un espace Euclidien
3D, en coordonnées Cartésiennes est
|
<TBODY> |
(2.30) </TBODY> |
Nous
pouvons changer de système de coordonnées. Par exemple en coordonnées
sphériques, nous avons :
|
<TBODY> |
(2.31) </TBODY> |
|
|
|
Ce qui conduit à : <TBODY> |
(2.32) </TBODY> |
||
Apparemment,
les composantes la métrique semblent différentes de celles en coordonnées
cartésiennes, mais les propriétés de l'espace restent bien entendu les mêmes.
Il
est l'heure de faire remarquer que la plupart des références n'insistent pas
suffisamment sur la différence entre "dx",
notion informelle d'un déplacement infinitésimal et "dx", la notion rigoureuse de la base d'une forme monolinéaire donné par le gradient d'une fonction de coordonnées. En fait notre
notation "ds2" ne se réfère pas à une quelconque dérivée
extérieure, ou au carré de quoi que ce soit, c'est juste un raccourci pour le
tenseur métrique.
D'autre
part "(dx)2"
se réfère directement au tenseur de rang (0, 2) dx Ä dx.
Un
bon exemple d'espace courbé est une sphère S² qui est définie comme le lieu des
points de R3 à une distance 1 de l'origine. La métrique en
coordonnées (
,F) peut s'obtenir en posant r = 1 et dr
= 0 dans (2.32):
|
<TBODY> |
(2.33) </TBODY> |
Ceci
est complètement cohérent avec l'interprétation de ds comme une longueur
infinitésimale comme illustré sur la figure suivante.
Comme
nous le verrons la métrique contient toutes les informations dont nous avons
besoin pour définir la courbure de la Variété (en Géométrie Riemannienne en
tous cas, nous indiquerons toutefois des approches encore plus générales). Dans
l'espace de Minkowski nous pouvons choisir des coordonnées dans lesquelles les
composantes de la métrique sont constantes. Il semblerait pourtant, que
l'existence d'une courbure soit plus subtile que cela, dans l'exemple des
coordonnées sphériques r et
, en
espace plat nous avions une métrique dépendante des coordonnées. Nous verrons
plus tard que si on peut se ramener par un changement de coordonnées à une
métrique à coefficients constants, alors l'espace est plat, mais par contre
nous ne souhaitons pas forcement travailler dans ces coordonnées et même il se
peut que nous ne sachions pas comment les trouver. Donc nous allons chercher
une caractérisation plus précise de la courbure.
Une
caractérisation utile de la métrique consiste à mettre gmn dans sa forme
canonique. Dans cette forme la métrique devient
|
<TBODY> |
(2.34) </TBODY> |
Où
"diag" représente une matrice diagonale
avec les éléments donnés. n est la
dimension de la variété, s est le nombre de " +1 "dans
la forme canonique et t est le nombre
de " -1," , alors s -
t est la signature de la métrique (la différence entre le nombre de signes
plus et de signe moins), et s + t
est le rang de la métrique (le
nombre de valeurs propres non nulles ).
Si
une métrique est continue le rang et la signature du tenseur métrique sont les
mêmes en tout point et si la métrique n'est pas dégénérée le rang est égal à la
dimension n.
Nous
allons nous intéresser qu'à des métriques continues, non dégénérées.
Si
tous les signes sont positifs (t = 0)
la métrique est appelée euclidienne
ou riemannienne ou simplement
définie positive, s'il n'y a qu'un signe moins (t = 1) elle est appelée lorentzienne
ou pseudo-riemanienne
et dans les autres cas la métrique
est dite indéfinie.
Le
mot Euclidien, dans ce cas, désigne des espaces plats ou non, il indique que la
forme canonique est strictement positive, terminologie malheureuse mais
standard.
Les
espaces temps qui nous intéressent en Relativité Générale ont des métriques lorentziennes.
Nous
n'avons pas démontré qu'il était toujours possible de mettre la métrique sous
forme canonique.
En
fait c'est toujours possible de le faire en un point p ÎM, mais en général, cela ne va être possible qu'en un
seul point, pas dans le voisinage du point p.
En
fait, nous pouvons faire un peu plus, il apparaît qu'en tout point p il existe des coordonnées dans
lesquels gmn prend sa forme canonique et où les dérivées premières
¶s gmn s'annulent ( les dérivées secondes ¶r¶s gmn, par contre ne s'annulent pas toutes).
Ces
coordonnées sont appelées coordonnées
localement inertielles et la base de
vecteurs associée constitue le référentiel
local de Lorentz. Remarquons qu'en coordonnées localement inertielles la
métrique s'apparente à celle d'un espace plat au premier ordre au point p. Ceci formalise la notion qu'un domaine
suffisamment petit est assimilable à un espace plat (Minkowski). De plus, nous
n'avons aucun mal à construire un ensemble de vecteurs de base en tout point de
M, tels que la métrique prenne sa forme
canonique. Le problème est que en général ils ne constitueront pas une base de
coordonnées et qu'il n'y a pas de moyen de s'y ramener. Nous n'allons pas
examiner la preuve détaillée de cette proposition, vous la trouverez dans
Schutz, pp. 158-160, où elle porte le nom de "théorème de localité
plate". Il qualifie aussi les référentiels lorentziens
de Référentiels se déplaçant
temporairement ensembles.
Il
est intéressant de voir une esquisse de la preuve, dans le cas particulier
d'une métrique Lorentzienne à quatre dimensions. L'idée consiste à considérer
la loi de transformation suivante pour la métrique :
|
<TBODY> |
(2.35) </TBODY> |
Et
de développer les deux membres en série de Taylor par rapport aux coordonnées
recherchées xm'. Le
développement des anciennes coordonnées xm devient :
|
<TBODY> |
(2.36) </TBODY> |
Avec
les autres développements de façon similaire (Pour simplifier nous avons posé xm (p) = xm' (p) = 0.) Alors, en utilisant une
notation très symbolique, le développement de (2.35) au deuxième ordre
donne :
|
<TBODY> |
(2.37) </TBODY> |
Nous
pouvons égaler les termes de même ordre en x'
de chaque côté. Donc les composantes gm'n' (p), 10
valeurs en tout (permettant de définir
un tenseur symétrique à deux index) sont déterminés par la matrice (
xm/xm')p.
C'est une matrice 4 × 4 sans contraintes, donc nous disposons de 16 nombres
indépendants ce qui est suffisant pour renseigner les 10 nombres à pourvoir
pour permettre de poser gm'n' (p) sous sa
forme canonique, du moins pour autant que le degré de liberté soit concerné (
Il y a des contraintes, si on regarde de plus près, de conservation de la
signature et du rang).
Les
six degrés de liberté restants peuvent être considérés comme les paramètres du
groupe de Lorentz qui doivent laisser la forme canonique inchangée. Au premier
ordre nous avons les dérivées ¶s'gm'n' (p), quatre dérivées de dix composantes soit quarante
nombres. Si on examine le membre droit de (2.37) nous voyons que nous avons
maintenant la liberté supplémentaire de choisir
(¶²xm/
xm1'
xm2')p.
Dans
cet ensemble de nombres, il y a 10 possibilités indépendantes pour les index m1'et m2' (C'est symétrique car les dérivées partielles
commutent) et quatre choix pour m , soit un total de 40 possibilités. C'est exactement
ce qu'il nous faut pour déterminer toutes les dérivées premières de la métrique,
que nous pouvons alors annuler. Au deuxième ordre, côté contraintes, nous
trouvons ¶r'¶s'gm'n' (p); qui
est symétrique en r' et
ainsi que m' et
, soit un total de
10 × 10 = 100 nombres.
Côté
degrés de liberté nous avons (¶3xm/
xm'1
xm'2
xm'3)p.
Ceci est symétrique dans les trois indices ce qui donne 20 possibilités
multipliés par les quatre possibilités de l'exposant, ce qui fait 80 degrés de
liberté, 20 de moins que ce qui est requis, donc nous ne pouvons pas annuler
les dérivées secondes de la métrique. L'écart avec la platitude sera mesuré par
20 degrés de liberté indépendants des coordonnées représentant les dérivées
secondes du champ de tenseurs métriques.
Nous verrons plus tard ce qu'il en est, quand nous caractériserons la courbure
en utilisant le tenseur de Riemann qui possède précisément 20 composantes
indépendantes.
Le
dernier point que nous allons étudier dans le domaine des tenseurs concerne la
relation entre le tenseur Levi-Civita , em1m2…mn et les espaces plats. Souvenons nous de sa version en
espace plat que nous dénoterons ~em1m2…mn , il était défini par :
~em1m2…mn = 1, si m, m2,…mn est une permutation paire de 0,1,..(n-1)
-1, si m1,m2,…mn
est une permutation impaire de 0,1,..(n-1)
0 autrement
Nous
allons maintenant définir le symbole de
Levi-Civita comme étant exactement ~em1m2…mn , un objet avec n
index qui a les composantes définies ci dessus dans n'importe quel système de coordonnées.
Ceci
est appelé un symbole parce que ce n'est évidemment pas un tenseur puisqu'il
est supposé ne pas changer par une transformation de coordonnées.
Nous
pouvons étudier son comportement en remarquant d'abord qu'étant donné une
matrice n × n , Mmm', son
déterminant | M| obéit à :
|
<TBODY> |
(2.39) </TBODY> |
C'est
juste une propriété des déterminants que vous trouverez dans votre ouvrage
d'algèbre linéaire préféré. Il s'ensuit que si nous posons Mmm' =
xm/
xm', nous
avons :
|
<TBODY> |
(2.40) </TBODY> |
C'est
presque la loi de transformation des tenseurs, au déterminant en tête près. Les
objets qui se transforment ainsi sont appelés des densités de tenseur. Un autre exemple est donné par le déterminant
de la métrique g = | gmn|. Il est facile de vérifier en prenant le déterminant
des deux côtés de (2.35) que par une transformation de coordonnées nous
obtenons
|
<TBODY> |
(2.41) </TBODY> |
Donc
g n'est pas également un tenseur, il
se transforme selon une forme similaire au symbole de Levi-Civita sauf que le Jacobien est élevé à la puissance 2.
La
puissance à laquelle le Jacobien est élevé, s'appelle
le poids de la densité de tenseur.
Le symbole de Levi-Civita a une densité de poids 1 tandis que g qui est un scalaire a une densité de
poids 2.
Mais
pour nos applications, ce sont les tenseurs qui nous intéressent, pas les
densités de tenseurs. Il existe un moyen simple de convertir une densité de
tenseur en un tenseur valide qui consiste à le multiplier par | g|w/2, où w est le poids de la densité ( le symbole valeur absolue exprime le fait que g < 0 pour les métriques de Lorentz
). Le résultat va se transformer conformément à la loi de transformation des
tenseurs. Par exemple nous pouvons définir le tenseur de Levi-Civita par :
|
<TBODY> |
(2.42) </TBODY> |
C'est
ce tenseur qui est défini dans la dualité de Hodge
(1.87), qui reste inchangée quand on généralise à des variétés arbitraires.
Comme c'est un tenseur authentique nous pouvons abaisser, élever des index etc.
On trouve également le symbole de Levi-Civita défini avec des exposants, ~em1m2…mn, dont les composantes sont numériquement égales à
celles du symbole avec les indices. Cela correspond alors à une densité de
tenseur de poids -1, et est relié au tenseur avec exposants par
|
<TBODY> |
(2.43) </TBODY> |
Faisons
une digression, pour être clair, même avec le facteur ( êg ê)1/2, le tenseur de Levi-Civita n'est pas d'une certaine
manière un authentique tenseur, car il ne peut pas être globalement défini dans
certaines variétés. Celles où il peut être défini sont qualifiées d'orientables, et nous ne nous
intéresserons qu'à elles bien entendu. L'exemple classique
de variété non orientable est le ruban de Möbius ; voir Schutz's
Geometrical Methods in Mathematical Physics (ou
équivalent) pour plus de détails.
Nous
allons retrouver, avec intérêt, les
densités de tenseur dans les opérations d'intégration dans les Variétés.
Vous
vous êtes sans doute rendu compte que par le calcul sur Rn l'élément
de volume dnx est entaché d'un facteur égal
au Jacobien lors d'un changement de coordonnées :
|
<TBODY> |
(2.44) </TBODY> |
Les
formes différentielles vont nous proposer une explication élégante de cette
formule qui se déduit du fait suivant : Sur
une variété à n dimensions « l'intégrant » est en fait une n-forme.
Autrement
dit, l’intégrale sur une région S à n dimensions appartenant à une variété V
est une application de champs de
n-formes sur les nombres réels.
Cela peut paraître bizarre, pourtant l’exemple d’une
intégrale à une dimension le montre
simplement. En une dimension toute 1-forme (forme monolinéaire)
peut s’écrire ω = ω (x) dx où le premier ω est une 1-forme, ω
(x) représente son unique composante
En
fait nous écrivons les intégrales à une
dimension sous la forme : ∫ω(x).dx, où dx est
censé représenter une distance infinitésimale, alors que formellement c’est une
forme différentielle.
Pour
clarifier cela, considérons plus d’une dimension. Si nous déclarons que l’intégrant est une n-forme, nous devons
expliquer en quoi il est antisymétrique, et en cela pourquoi il est un tenseur
(0, n), application linéaire d’un ensemble de n vecteurs sur R.
Nous
sommes tous d’accord pour écrire l’intégrale sous la forme : ∫ f(x).dµ, où f(x) est une fonction scalaire sur la
variété et dµ est l’élément de volume, (mesure).
Le
rôle de l’élément de volume est d’attribuer
à chaque région infinitésimale, un nombre réel infinitésimal, à savoir le volume de la
région. Une caractéristique sympathique des régions infinitésimales (à la
différence des régions étendues) est qu’elles peuvent être représentées par des
parallélépipèdes rectangles, même si en espace courbe cette notion n’a pas
forcément de sens, en région infinitésimale comme on peut négliger la courbure,
cela a un sens.
Au
risque d’être pas complètement rigoureux, nous poursuivons notre exposé motivé
par la prise de conscience du problème.
Sur
un exemple à trois dimensions, on voit qu’un parallélépipède nécessite n
vecteurs (ici U, V, W) pour le spécifier (qui définissent ses arêtes). Notre
élément de volume, doit être une application linéaire de n vecteurs (ici
infinitésimaux) vers les nombres réels (ici infinitésimaux) : dµ (U, V, W)
→ R. On doit pouvoir aussi ajuster linéairement l’échelle par des nombres réels ; si
nous changeons la longueur des vecteurs de définition, le volume change en
conséquence dµ (aU, bV, cW) = abc.dµ(U,
V, W). Si la linéarité par rapport à l’addition de vecteurs ne vous paraît pas
évidente, mais vous pouvez vous en convaincre par un petit dessin. Donc notre
élément de volume est un tenseur de variance (0 n) très convenable. Pourquoi
antisymétrique ?
Parce
que nos vecteurs sont orientés, l’élément de volume peut être orienté. Si on
permute deux vecteurs le volume aura la même valeur absolue, mais de signe
opposé. Si deux vecteurs sont colinéaires le volume s’annule.
Ce
qui montre que les éléments de volume sont vraiment des n-formes.
L'élément de volume de base dnx
est lui-même plutôt une n-forme
de densité, mais il peut facilement être utilisé pour construire une
authentique n-forme. Pour comprendre
comment c'est possible, nous devons procéder à l'identification
|
<TBODY> |
(2.45) </TBODY> |
L'expression
de droite est trompeuse, car elle ressemble à s'y méprendre à un tenseur
(une n-forme,
en fait) mais en réalité c'est une densité de tenseur. Certes, si nous avions
deux fonctions f et g sur M, alors df
et dg seraient des formes monolinéaires, et df
dg serait
une forme bilinéaire.
Mais
nous voudrions interpréter le membre de droite de (2.45) comme un objet
dépendant des coordonnées qui, dans le système de coordonnées xm , agit comme dx0
...
dxn
- 1. Cela paraît tordu, mais c'est
lié à une ambiguïté de notation et en pratique nous allons juste utiliser la
notation abrégée "dnx".
Pour
justifier toutes ces précautions oratoires, regardons comment (2.45) change par
une transformation de coordonnées.
Remarquons d'abord que la définition du produit extérieur nous permet
d'écrire
|
<TBODY> |
(2.46) </TBODY> |
Car,
le produit extérieur et le symbole de Levi-Civita sont tous
deux complètement antisymétriques. Par une transformation de coordonnées
~em1m2…mn reste inchangé, alors que les formes monolinéaires changent selon (2.16), conduisant à :
|
<TBODY> |
(2.47) </TBODY> |
Si, nous multiplions les deux
membres par le jacobien, nous retrouvons (2.44).
Il
est donc clair que l'élément de volume de base dnx se comporte comme une densité de tenseur et non pas comme
un tenseur, et il est immédiat de construire un élément de volume invariant en
multipliant par (½g½)
1/2:
|
<TBODY> |
(2.48) </TBODY> |
Qui
n'est en fait que : (n!)-1em1m2…mn dxm1
...
dxmn. Pour
simplifier, nous écrirons l'élément de volume (½g ½)1/2: dnx, plutôt que sous sa forme explicite (½g
½)1/2: dx0
...
dxn
- 1; cela devrait nous suffire pour
nous rappeler qu'il s'agit d'une n-forme.
En fait l’élément de volume n’est ni plus ni moins que le tenseur de Levi Cevita em1m2…mn ce que l’on démontre simplement en réintroduisant les
vecteurs de base des 1-formes, comme cela est décrit dans « Space time and Geometry » de
Sean M. Carroll (p.89-90).
Permettons
une digression finale, considérons un des théorèmes les plus élégants de la
géométrie différentielle: le théorème de Stockes. Ce théorème est le
généralisation, du théorème du calcul fondamental , òab dx = a - b.
Imaginons que nous avons une variété à n
dimensions M avec une limite
M,
et une (n - 1)-forme
sur M. Nous
n'avons pas discuté des variétés avec limite, mais l'idée est évidente, M peut être par exemple l'intérieur
d'une surface fermée de dimension (n
- 1)
M.) Alors d
est une n-forme, qui peut être intégrée sur M, tandis que
lui même peut être intégré sur
M.
Le théorème de Stokes est alors
|
<TBODY> |
(2.49) </TBODY> |
Vous
pourrez vous convaincre que les différents cas de ce théorème recouvrent non
seulement le théorème fondamental du calcul, mais aussi les théorèmes de Green,
Gauss et de Stockes classique du calcul vectoriel en trois dimensions. <!--
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